Banc d’essai

Les grandes mesures passées au banc d’essai

13 mesures qui reviendront dans toutes les émissions de la campagne. Pour chacune : ce que chaque candidat en dit, comment il annonce la financer, et notre appréciation, qui dit si c’est faisable, ce que ça coûterait et ce que ça fragiliserait. Les positions viennent des données du site, les chiffres d’institutions publiques, l’appréciation est de nous et signalée comme telle.

Trois choses différentes, jamais mélangées. Les camps « pour » et « contre » sont calculés à partir des 21 questions concernées du comparateur, avec la source de chaque position. Le financement est celui qui a été annoncé publiquement, ou l’absence de chiffrage quand c’est le cas. L’appréciation d’Au crible est un jugement argumenté, séparé et discutable : elle n’entre dans aucune note.

Mesure 1 · Retraites

Revenir sur la retraite à 64 ans

La loi de 2023 porte l’âge légal de 62 à 64 ans. Le budget de la Sécurité sociale pour 2026 a suspendu ce calendrier jusqu’au 1er janvier 2028 : sauf nouvelle loi, la hausse reprend au milieu du prochain mandat. Le sujet sera donc tranché, dans un sens ou dans l’autre, par le prochain président.

5,8 Md€coût en 2035 d’une seule année d’âge légal en moins (64 vers 63 ans) · Situation financière et perspectives du système de retraites (Cour des comptes, 20/02/2025)
15 Md€déficit prévu du système en 2035 même avec la réforme de 2023 · Situation financière et perspectives du système de retraites (Cour des comptes, 20/02/2025)

Qui est pour, qui est contre

« Il faut abroger définitivement le report de l'âge légal de départ à la retraite à 64 ans. »

La loi du 14 avril 2023 relève progressivement l'âge légal de départ de 62 à 64 ans (génération 1968) et accélère le passage à 43 annuités. Adoptée sans vote final à l'Assemblée (article 49.3), elle a survécu à une motion de censure rejetée à neuf voix près le 20 mars 2023. La loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 (article 105) en a suspendu le calendrier, décalé d'une génération pour les assurés nés de 1964 à 1968. Selon la Cour des comptes, revenir d'un an seulement sur l'âge légal coûterait 5,8 milliards d'euros en 2035.

Le détail des positions, avec leur origine et leurs sources

« Il faut ramener l'âge légal de départ à la retraite à 60 ans pour tous, avec 40 années de cotisation. »

Selon la Cour des comptes, chaque année d'âge légal en moins coûte plusieurs milliards d'euros par an (5,8 milliards en 2035 pour un retour de 64 à 63 ans). Le système reste déficitaire même avec la réforme de 2023 (15 milliards d'euros en 2035).

Le détail des positions, avec leur origine et leurs sources
Sur cette question :
  1. Situation financière et perspectives du système de retraites (Cour des comptes, 20/02/2025)

Comment ils disent le financer

Les candidats qui portent l’abrogation renvoient à des recettes nouvelles plutôt qu’à l’âge : taxation des hauts patrimoines, cotisations sur les revenus du capital, fin d’exonérations. Nous n’avons trouvé, dans nos sources, aucun chiffrage publié couvrant l’intégralité du coût, ni pour 62 ans, ni a fortiori pour 60 ans.

  • Parmi les 12 candidats favorables à cette mesure, 11 soutiennent aussi : « Il faut créer un impôt minimum de 2 % sur les patrimoines de plus de 100 millions d'euros (« taxe Zucman »). » Delphine Batho, Nicolas Dupont-Aignan, Olivier Faure, Raphaël Glucksmann, Jérôme Guedj, Emmanuel Maurel, Jean-Luc Mélenchon, Fabien Roussel, François Ruffin, Marine Tondelier, Dominique de Villepin.
  • Parmi les 12 candidats favorables à cette mesure, 9 soutiennent aussi : « Il faut rétablir l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF), supprimé en 2018. » Olivier Faure, Raphaël Glucksmann, Jérôme Guedj, Emmanuel Maurel, Jean-Luc Mélenchon, Fabien Roussel, François Ruffin, Marine Tondelier, Dominique de Villepin.

Ce rapprochement est calculé à partir des positions documentées : il montre si la recette existe dans le programme de ceux qui portent la dépense, il ne leur fait pas dire qu’ils financent l’une par l’autre.

L’appréciation d’Au crible

Faisable, mais il faut dire qui paie Aucun obstacle technique, un coût public établi et non couvert par les recettes annoncées.

Abroger est juridiquement simple ; c’est le financement qui n’est pas documenté.

Une abrogation est une loi : rien ne l’empêche techniquement, et la suspension votée pour 2026 montre qu’une majorité peut s’y résoudre. L’arithmétique est plus têtue. La Cour des comptes chiffre à 5,8 milliards d’euros en 2035 le retour d’une seule année d’âge légal : revenir durablement à 62 ans se compte donc en dizaines de milliards à cette échéance, à ajouter à un déficit déjà estimé à 15 milliards. Sans recette nouvelle, l’ajustement se fait sur les pensions ou sur les cotisations, c’est-à-dire sur les mêmes personnes. Les recettes les plus citées ne comblent pas l’écart : l’impôt plancher sur les très grandes fortunes est évalué entre 5 et 20 milliards selon qui le chiffre, et il est déjà promis à d’autres dépenses dans la plupart des programmes. La retraite à 60 ans avec 40 annuités coûte nettement plus, et aucun chiffrage public ne l’établit.

Ce sur quoi nous nous appuyons :
  1. Situation financière et perspectives du système de retraites (Cour des comptes, 20/02/2025)
  2. La taxe Zucman au défi des contraintes économiques et juridiques (The Conversation, 01/10/2025)

Cette appréciation est de nous. Elle n’entre dans aucune note et dans aucun classement du site : elle se discute, et une erreur de notre part se signale à la rédaction.

Mesure 2 · Salaires

Porter le SMIC à 1 600 euros net

Le SMIC est à 1 478 euros net par mois depuis le 1er juin 2026. Le porter à 1 600 euros net représente une hausse d’environ 8,3 % en une fois, décidée par décret, sans passer par le Parlement.

1 478 €SMIC net mensuel au 1er juin 2026 (1 867 euros brut) · Le SMIC revalorisé le 1er juin 2026 (info.gouv.fr, 06/2026)
+ 8,3 %hausse nécessaire pour atteindre 1 600 euros net (notre calcul) · Le SMIC revalorisé le 1er juin 2026 (info.gouv.fr, 06/2026)

Qui est pour, qui est contre

« Il faut porter le SMIC à 1 600 euros net par mois (1 478 euros net depuis le 1er juin 2026). »

Le SMIC horaire brut est de 12,31 euros depuis le 1er juin 2026, soit 1 867 euros brut et environ 1 478 euros net par mois pour 35 heures. Il est revalorisé chaque 1er janvier selon l'inflation et la moitié du gain de pouvoir d'achat du salaire horaire ouvrier, et en cours d'année si les prix augmentent de plus de 2 %.

Le détail des positions, avec leur origine et leurs sources
Sur cette question :
  1. Le SMIC revalorisé le 1er juin 2026 (info.gouv.fr, 06/2026)

« Il faut réduire la durée légale du travail de 35 à 32 heures par semaine. »

La durée légale n'est pas un plafond : c'est le seuil à partir duquel les heures supplémentaires sont payées davantage. Les salariés à temps complet travaillent en moyenne environ 1 660 heures par an.

Le détail des positions, avec leur origine et leurs sources

Comment ils disent le financer

Le SMIC n’est pas payé par l’État : la hausse est supportée par les employeurs. Ce n’est donc pas une dépense publique directe, mais elle en crée une indirecte, parce que les allègements de cotisations sont calculés en proportion du SMIC et augmentent mécaniquement avec lui. Les candidats qui portent la mesure proposent en général de redéployer ces allègements, ce qui revient à financer la hausse par les entreprises elles-mêmes.

  • Parmi les 5 candidats favorables à cette mesure, 5 soutiennent aussi : « Il faut réduire les allègements de cotisations patronales sur les salaires au-dessus de 1,6 SMIC, pour les concentrer sur les bas salaires. » Olivier Faure, Raphaël Glucksmann, Jean-Luc Mélenchon, François Ruffin, Marine Tondelier.

Ce rapprochement est calculé à partir des positions documentées : il montre si la recette existe dans le programme de ceux qui portent la dépense, il ne leur fait pas dire qu’ils financent l’une par l’autre.

L’appréciation d’Au crible

Ça fragiliserait autre chose La mesure atteint son but affiché, au prix d’un effet négatif documenté ailleurs.

Effet immédiat et réel sur les bas salaires, risque reporté sur l’emploi peu qualifié et les petites entreprises.

La mesure est la plus rapide de cette page : un décret suffit, et le gain est immédiat pour environ deux millions de salariés au voisinage du SMIC. Deux effets mécaniques suivent. Le coût du travail augmente là où les marges sont les plus faibles, commerce, hôtellerie, services à la personne, et la dépense publique d’allègements de cotisations augmente avec le salaire de référence. Les économistes ne s’accordent pas sur l’ampleur de l’effet sur l’emploi des moins qualifiés, mais l’accord est plus large sur les hausses fortes et rapides que sur les revalorisations progressives. Le second effet, le plus souvent relevé, est le tassement des grilles juste au-dessus du SMIC : les salaires à 1 700 euros ne bougent pas, ce qui déplace le mécontentement d’un cran.

Ce sur quoi nous nous appuyons :
  1. Le SMIC revalorisé le 1er juin 2026 (info.gouv.fr, 06/2026)

Cette appréciation est de nous. Elle n’entre dans aucune note et dans aucun classement du site : elle se discute, et une erreur de notre part se signale à la rédaction.

Mesure 3 · Fiscalité

Un impôt plancher de 2 % sur les patrimoines de plus de 100 millions

La mesure proposée par l’économiste Gabriel Zucman viserait environ 1 800 foyers, qui paieraient chaque année au moins 2 % de leur patrimoine, impôts déjà payés déduits. Votée en première lecture à l’Assemblée en février 2025, rejetée par le Sénat, elle a de nouveau été rejetée à l’Assemblée le 31 octobre 2025 (172 voix contre 228).

1 800foyers concernés, selon l’auteur de la proposition · Budget 2026 : la taxe Zucman rejetée par l’Assemblée nationale (LCP, 31/10/2025)
5 à 25 Md€écart entre les estimations de rendement de ses promoteurs et de ses contradicteurs · La taxe Zucman au défi des contraintes économiques et juridiques (The Conversation, 01/10/2025)

Qui est pour, qui est contre

« Il faut créer un impôt minimum de 2 % sur les patrimoines de plus de 100 millions d'euros (« taxe Zucman »). »

Proposée par l'économiste Gabriel Zucman, la taxe viserait environ 1 800 foyers détenant plus de 100 millions d'euros de patrimoine : ils paieraient au moins 2 % de leur fortune par an, impôts déjà payés déduits. Adoptée en première lecture à l'Assemblée en février 2025 puis rejetée par le Sénat, elle a de nouveau été rejetée à l'Assemblée le 31 octobre 2025 (172 pour, 228 contre).

Le détail des positions, avec leur origine et leurs sources

« Il faut rétablir l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF), supprimé en 2018. »

L'ISF taxait l'ensemble du patrimoine au-delà de 1,3 million d'euros. Il a été remplacé au 1er janvier 2018 par l'IFI, qui ne porte que sur l'immobilier : les actions et placements financiers ne sont plus taxés au titre de la fortune.

Le détail des positions, avec leur origine et leurs sources
Sur cette question :
  1. Impôt de solidarité sur la fortune (Wikipédia)

Comment ils disent le financer

C’est une recette, pas une dépense : la question n’est pas de la financer mais de savoir ce qu’elle finance, et si elle est comptée une seule fois. Dans plusieurs programmes, le même produit attendu sert à la fois aux retraites, aux salaires et à la transition écologique.

  • Parmi les 12 candidats favorables à cette mesure, 9 soutiennent aussi : « Il faut taxer les superprofits des grandes entreprises énergétiques quand les prix de l'énergie flambent. » Delphine Batho, Nicolas Dupont-Aignan, Olivier Faure, Raphaël Glucksmann, Jérôme Guedj, Jean-Luc Mélenchon, Fabien Roussel, François Ruffin, Marine Tondelier.
  • Parmi les 12 candidats favorables à cette mesure, 9 soutiennent aussi : « Il faut taxer davantage les très gros héritages, par exemple par une contribution sur les successions de plus de 2 millions d'euros. » Olivier Faure, Raphaël Glucksmann, Jérôme Guedj, François Hollande, Jean-Luc Mélenchon, Fabien Roussel, François Ruffin, Marine Tondelier, Dominique de Villepin.

Ce rapprochement est calculé à partir des positions documentées : il montre si la recette existe dans le programme de ceux qui portent la dépense, il ne leur fait pas dire qu’ils financent l’une par l’autre.

L’appréciation d’Au crible

C’est faisable La mesure peut être prise et financée telle qu’elle est annoncée.

Un plancher d’imposition est simple et défendable ; le rendement annoncé est une prise de risque budgétaire.

Le principe est solide : il corrige une situation où les patrimoines les plus élevés peuvent afficher un revenu imposable faible en le logeant dans des sociétés. Deux réserves. D’abord l’assiette est minuscule, quelques milliers de foyers, ce qui rend le rendement très sensible aux comportements : les estimations vont de 5 milliards, pour les économistes qui anticipent contournements et départs, à 25 milliards pour ses promoteurs. Ensuite le risque juridique est réel, puisqu’il s’agit d’imposer chaque année des patrimoines parfois peu liquides, ce que le Conseil constitutionnel examine au regard de la capacité contributive. Notre appréciation : la mesure peut exister, mais engager 20 milliards de dépenses nouvelles sur son produit, c’est parier sur la plus optimiste des estimations.

Cette appréciation est de nous. Elle n’entre dans aucune note et dans aucun classement du site : elle se discute, et une erreur de notre part se signale à la rédaction.

Mesure 4 · Fiscalité

Taxer davantage les très gros héritages

L’héritage pèse de plus en plus dans la constitution des patrimoines. Le Conseil d’analyse économique recommandait dès 2021 de réduire les principales exonérations et de mieux taxer les plus grosses transmissions, tout en allégeant les plus modestes.

45 %taux le plus élevé du barème en ligne directe, très rarement atteint en pratique · Repenser l’héritage (note n° 69) (Conseil d’analyse économique, 12/2021)

Qui est pour, qui est contre

« Il faut taxer davantage les très gros héritages, par exemple par une contribution sur les successions de plus de 2 millions d'euros. »

Le Conseil d'analyse économique relevait en 2021 que l'héritage pèse de plus en plus dans les patrimoines, et recommandait de réduire les principales exonérations et de mieux taxer les plus gros héritages, tout en allégeant les plus modestes (note n° 69, « Repenser l'héritage »).

Le détail des positions, avec leur origine et leurs sources
Sur cette question :
  1. Repenser l'héritage (note n° 69) (Conseil d'analyse économique, 12/2021)

Comment ils disent le financer

Là encore, il s’agit d’une recette. Le rendement dépend entièrement des exonérations que l’on touche ou non : pactes Dutreil sur les transmissions d’entreprises, assurance-vie, démembrement de propriété. Aucun des candidats favorables n’a publié, dans nos sources, la liste des exonérations qu’il supprimerait.

  • Parmi les 9 candidats favorables à cette mesure, 9 soutiennent aussi : « Il faut créer un impôt minimum de 2 % sur les patrimoines de plus de 100 millions d'euros (« taxe Zucman »). » Olivier Faure, Raphaël Glucksmann, Jérôme Guedj, François Hollande, Jean-Luc Mélenchon, Fabien Roussel, François Ruffin, Marine Tondelier, Dominique de Villepin.

Ce rapprochement est calculé à partir des positions documentées : il montre si la recette existe dans le programme de ceux qui portent la dépense, il ne leur fait pas dire qu’ils financent l’une par l’autre.

L’appréciation d’Au crible

Plutôt une bonne idée Cohérente avec les travaux de référence, et chiffrée ou chiffrable.

Cohérent avec la recherche économique, mais inchiffrable tant que les exonérations ne sont pas nommées.

C’est l’une des rares mesures où une institution publique a déjà tracé le chemin : le Conseil d’analyse économique propose de viser les exonérations plutôt que les taux affichés, précisément parce que l’écart entre le barème théorique, jusqu’à 45 %, et l’impôt réellement payé sur les grandes transmissions vient de ces dispositifs. Une hausse des taux sans révision des exonérations frapperait donc surtout les transmissions moyennes, celles qui ne peuvent pas s’organiser à l’avance. C’est l’inverse de l’intention affichée. Tant que les candidats n’écrivent pas quelles exonérations ils ferment, la mesure reste une intention dont le rendement est inconnu.

Ce sur quoi nous nous appuyons :
  1. Repenser l’héritage (note n° 69) (Conseil d’analyse économique, 12/2021)

Cette appréciation est de nous. Elle n’entre dans aucune note et dans aucun classement du site : elle se discute, et une erreur de notre part se signale à la rédaction.

Mesure 5 · Pouvoir d’achat

Baisser la TVA sur l’énergie de 20 % à 5,5 %

L’électricité, le gaz et les carburants sont taxés au taux normal de 20 %, auquel s’ajoutent les accises. Passer au taux réduit de 5,5 % est la mesure de pouvoir d’achat la plus citée de la campagne.

12 Md€coût annoncé par le Rassemblement national pour la seule suppression des hausses d’accises · Face à la nouvelle flambée des carburants, que proposent les candidats à la présidentielle ? (franceinfo, 18/09/2026)

Qui est pour, qui est contre

« Il faut baisser la TVA sur l'électricité, le gaz et les carburants de 20 % à 5,5 %. »

La TVA sur l'énergie s'ajoute aux accises (taxes sur les carburants et l'électricité). Une baisse à 5,5 % coûterait plusieurs milliards d'euros par an de recettes publiques.

Le détail des positions, avec leur origine et leurs sources

« Il faut taxer les superprofits des grandes entreprises énergétiques quand les prix de l'énergie flambent. »

Le règlement européen du 6 octobre 2022 imposait une contribution d'au moins 33 % sur la part des bénéfices dépassant de plus de 20 % la moyenne des années 2018 à 2021. Ses partisans veulent un dispositif durable en cas de crise ; ses opposants craignent de décourager l'investissement et soulignent que ces entreprises paient déjà l'impôt sur les sociétés.

Le détail des positions, avec leur origine et leurs sources

Comment ils disent le financer

Nos sources ne contiennent aucun chiffrage publié par les candidats pour la baisse de TVA elle-même. Le seul ordre de grandeur avancé porte sur les accises, et il est de 12 milliards d’euros par an. Les compensations évoquées sont une taxe sur les superprofits énergétiques, ou des économies non précisées.

  • Parmi les 6 candidats favorables à cette mesure, 4 soutiennent aussi : « Il faut taxer les superprofits des grandes entreprises énergétiques quand les prix de l'énergie flambent. » Nicolas Dupont-Aignan, Jérôme Guedj, Marine Le Pen, Fabien Roussel.

Ce rapprochement est calculé à partir des positions documentées : il montre si la recette existe dans le programme de ceux qui portent la dépense, il ne leur fait pas dire qu’ils financent l’une par l’autre.

L’appréciation d’Au crible

Ça fragiliserait autre chose La mesure atteint son but affiché, au prix d’un effet négatif documenté ailleurs.

Visible tout de suite, coûteuse durablement, et sans ciblage : plus on consomme, plus on y gagne.

Une baisse de TVA se voit en quelques semaines sur une facture, ce qui explique son succès. Trois limites. Elle coûte plusieurs milliards d’euros de recettes par an, qu’aucun programme ne remplace précisément. Elle bénéficie proportionnellement à la consommation, donc davantage à une grande maison mal isolée qu’à un studio, alors qu’un chèque ciblé produit le même gain pour les ménages modestes à un coût bien moindre. Enfin elle va à l’inverse du signal-prix que le GIEC et le Conseil d’analyse économique rangent parmi les leviers de baisse des émissions, et rien ne garantit qu’elle soit intégralement répercutée sur les prix de détail.

Cette appréciation est de nous. Elle n’entre dans aucune note et dans aucun classement du site : elle se discute, et une erreur de notre part se signale à la rédaction.

Mesure 6 · Santé

Rembourser 100 % des soins prescrits par la Sécurité sociale

La « grande Sécu » consiste à faire prendre en charge par l’assurance maladie l’intégralité des soins prescrits, en remplaçant les complémentaires santé. Le Haut conseil pour l’avenir de l’assurance maladie l’a chiffrée en janvier 2022.

+ 22,5 Md€de dépenses publiques supplémentaires, compensées par la fin des cotisations aux complémentaires · Quatre scénarios polaires d’évolution de l’articulation entre Sécurité sociale et assurance maladie complémentaire (Haut conseil pour l’avenir de l’assurance maladie, 01/2022)
7,6 Md€de frais de gestion des complémentaires en 2019, économisés dans ce scénario · Quatre scénarios polaires d’évolution de l’articulation entre Sécurité sociale et assurance maladie complémentaire (Haut conseil pour l’avenir de l’assurance maladie, 01/2022)

Qui est pour, qui est contre

« La Sécurité sociale doit rembourser 100 % des soins prescrits, en remplaçant les complémentaires santé (« grande Sécu »). »

Le Haut conseil pour l'avenir de l'assurance maladie a chiffré ce scénario en janvier 2022 : environ 22,5 milliards d'euros de dépenses publiques supplémentaires, compensés par la disparition des cotisations aux complémentaires, dont 7,6 milliards d'euros de frais de gestion en 2019, soit un gain net de l'ordre de 5,4 milliards d'euros ; en moyenne, les 80 % les moins aisés y gagneraient.

Le détail des positions, avec leur origine et leurs sources
Sur cette question :
  1. Quatre scénarios polaires d'évolution de l'articulation entre Sécurité sociale et assurance maladie complémentaire (Haut conseil pour l'avenir de l'assurance maladie, 01/2022)

« Il faut encadrer la liberté d'installation des médecins : dans les zones bien dotées, un médecin ne pourrait s'installer que si un autre part. »

Environ 6 millions de Français n'ont pas de médecin traitant. Les syndicats de médecins s'opposent à toute régulation de l'installation, qu'ils jugent contre-productive.

Le détail des positions, avec leur origine et leurs sources

Comment ils disent le financer

Le financement est un transfert : ce que les ménages et les employeurs versent aujourd’hui aux complémentaires passerait en cotisations ou en contribution sociale. Le Haut conseil estime le gain net de l’ordre de 5,4 milliards d’euros, essentiellement parce que la Sécurité sociale gère moins cher, et conclut que les 80 % les moins aisés y gagneraient en moyenne.

L’appréciation d’Au crible

Plutôt une bonne idée Cohérente avec les travaux de référence, et chiffrée ou chiffrable.

L’une des rares mesures de cette page chiffrée par une instance publique, avec un solde favorable.

Le chiffrage existe, il est officiel, et il est plutôt bon : la dépense publique augmente de 22,5 milliards, mais les prélèvements privés qu’elle remplace sont plus élevés, notamment parce que les complémentaires dépensaient 7,6 milliards en frais de gestion en 2019. La difficulté n’est donc pas budgétaire. Elle est industrielle et sociale : il faut faire voter un transfert massif de prélèvements, et organiser la reconversion d’un secteur entier, mutuelles et assureurs compris. Il faut aussi rappeler ce que la mesure ne fait pas : elle ne crée pas un soignant de plus, et un remboursement à 100 % ne sert à rien là où il n’y a pas de médecin. C’est pourquoi elle ne se juge pas séparément de la régulation de l’installation.

Ce sur quoi nous nous appuyons :
  1. Quatre scénarios polaires d’évolution de l’articulation entre Sécurité sociale et assurance maladie complémentaire (Haut conseil pour l’avenir de l’assurance maladie, 01/2022)

Cette appréciation est de nous. Elle n’entre dans aucune note et dans aucun classement du site : elle se discute, et une erreur de notre part se signale à la rédaction.

Mesure 7 · Santé

Encadrer l’installation des médecins dans les zones bien dotées

Environ six millions de personnes n’ont pas de médecin traitant. La proposition de loi transpartisane Garot, adoptée par l’Assemblée nationale le 7 mai 2025 par 99 voix contre 9, conditionne l’installation en zone bien dotée au départ d’un confrère. Les syndicats de médecins s’y opposent.

99 contre 9vote de l’Assemblée nationale sur la proposition de loi Garot, le 7 mai 2025 · Scrutin sur l’ensemble de la proposition de loi transpartisane visant à lutter contre les déserts médicaux (Assemblée nationale, 07/05/2025)

Qui est pour, qui est contre

« Il faut encadrer la liberté d'installation des médecins : dans les zones bien dotées, un médecin ne pourrait s'installer que si un autre part. »

Environ 6 millions de Français n'ont pas de médecin traitant. Les syndicats de médecins s'opposent à toute régulation de l'installation, qu'ils jugent contre-productive.

Le détail des positions, avec leur origine et leurs sources

Comment ils disent le financer

Le coût budgétaire est proche de zéro : il s’agit d’une règle d’autorisation, comme il en existe déjà pour les pharmaciens et les infirmiers libéraux. C’est l’une des seules mesures de cette page qui ne dépense rien.

  • Parmi les 7 candidats favorables à cette mesure, 6 soutiennent aussi : « La Sécurité sociale doit rembourser 100 % des soins prescrits, en remplaçant les complémentaires santé (« grande Sécu »). » Delphine Batho, Olivier Faure, Raphaël Glucksmann, Jean-Luc Mélenchon, François Ruffin, Marine Tondelier.

Ce rapprochement est calculé à partir des positions documentées : il montre si la recette existe dans le programme de ceux qui portent la dépense, il ne leur fait pas dire qu’ils financent l’une par l’autre.

L’appréciation d’Au crible

C’est faisable La mesure peut être prise et financée telle qu’elle est annoncée.

Faisable et presque gratuit, mais cela répartit une pénurie au lieu de la combler.

La mesure est applicable, elle a un précédent pour d’autres professions de santé, et elle a déjà réuni une majorité très large à l’Assemblée. Sa limite est dans sa nature : elle ne crée pas un médecin de plus. La pénurie vient des numerus clausus des décennies précédentes, et une génération de médecins ne se forme pas en un mandat. Le risque avancé par les syndicats est à prendre au sérieux sans être décisif : déport vers le salariat hospitalier, le remplacement ou le secteur non conventionné, et installation retardée. Notre appréciation : mesure utile, mais qui ne tient que si elle est accompagnée de temps médical supplémentaire, assistants médicaux, délégation d’actes, et d’un nombre de formations en hausse.

Cette appréciation est de nous. Elle n’entre dans aucune note et dans aucun classement du site : elle se discute, et une erreur de notre part se signale à la rédaction.

Mesure 8 · Immigration

Remplacer l’aide médicale d’État par une aide aux soins urgents

L’aide médicale d’État prend en charge les soins des étrangers en situation irrégulière présents depuis au moins trois mois, sous conditions de ressources. Sa transformation en aide limitée aux soins urgents revient dans le débat à chaque budget.

1,39 Md€coût de l’aide médicale d’État en 2024, en hausse de 15,5 % sur un an · Rapport d’information sur l’aide médicale d’État (n° 841, 2024-2025) (Sénat, commission des finances (Vincent Delahaye), 09/07/2025)
465 744bénéficiaires au 30 septembre 2024 · Rapport d’information sur l’aide médicale d’État (n° 841, 2024-2025) (Sénat, commission des finances (Vincent Delahaye), 09/07/2025)

Qui est pour, qui est contre

« Il faut remplacer l'aide médicale d'État (AME) par une aide limitée aux soins urgents. »

Le détail des positions, avec leur origine et leurs sources

Comment ils disent le financer

La mesure est présentée comme une économie, pas comme une dépense. Aucun chiffrage public n’établit le montant réellement économisé, puisque les soins urgents et la maternité resteraient pris en charge par un autre dispositif.

  • Parmi les 6 candidats favorables à cette mesure, 5 soutiennent aussi : « Il faut donner la priorité aux Français sur les étrangers en situation régulière pour l'accès au logement social et à certaines aides sociales (« priorité nationale »). » Nicolas Dupont-Aignan, Marine Le Pen, David Lisnard, Bruno Retailleau, Éric Zemmour.
  • Parmi les 6 candidats favorables à cette mesure, 5 soutiennent aussi : « Le Parlement doit fixer chaque année des plafonds chiffrés (quotas) d'immigration légale, hors asile. » Marine Le Pen, David Lisnard, Édouard Philippe, Bruno Retailleau, Éric Zemmour.

Ce rapprochement est calculé à partir des positions documentées : il montre si la recette existe dans le programme de ceux qui portent la dépense, il ne leur fait pas dire qu’ils financent l’une par l’autre.

L’appréciation d’Au crible

Ça fragiliserait autre chose La mesure atteint son but affiché, au prix d’un effet négatif documenté ailleurs.

Rendement budgétaire faible et incertain, effets sanitaires documentés par le rapport commandé par le gouvernement.

Le coût du dispositif est connu et il augmente : 1,39 milliard d’euros en 2024, pour 465 744 bénéficiaires. Mais l’économie attendue est bien inférieure à ce montant, puisque les soins urgents, les maladies transmissibles et la maternité resteraient pris en charge, et que les prises en charge tardives arrivent aux urgences, où elles coûtent plus cher. Le rapport commandé par le gouvernement à Claude Évin et Patrick Stefanini, remis en décembre 2023, conclut que le dispositif est utile, globalement maîtrisé et qu’il répond à des enjeux de santé publique ; il recommande des ajustements de gestion, pas sa suppression. Notre appréciation : l’effet symbolique est fort, le gain budgétaire faible, et le risque sanitaire est celui d’un report de dépense de la ville vers l’hôpital.

Ce sur quoi nous nous appuyons :
  1. Rapport d’information sur l’aide médicale d’État (n° 841, 2024-2025) (Sénat, commission des finances (Vincent Delahaye), 09/07/2025)
  2. Rapport sur l’aide médicale de l’État (Claude Évin et Patrick Stefanini, 12/2023)

Cette appréciation est de nous. Elle n’entre dans aucune note et dans aucun classement du site : elle se discute, et une erreur de notre part se signale à la rédaction.

Mesure 9 · Énergie

Construire six nouveaux réacteurs nucléaires

Le programme annoncé en 2022 prévoit six réacteurs EPR2, avec une option pour huit de plus. La loi du 22 juin 2023 a accéléré les procédures pour construire près des sites existants. La Cour des comptes a publié en janvier 2025 un rapport sévère sur la filière.

67,4 Md€coût des six premiers EPR2 selon EDF fin 2023, contre 51,7 milliards à l’origine · La filière EPR : une dynamique nouvelle, des risques persistants (Cour des comptes, 14/01/2025)
> 100 Md€facture possible en intégrant les coûts de financement, selon la Cour des comptes · La filière EPR : une dynamique nouvelle, des risques persistants (Cour des comptes, 14/01/2025)

Qui est pour, qui est contre

« Il faut construire de nouveaux réacteurs nucléaires en France (au moins les six EPR2 prévus). »

Le nucléaire a produit environ les deux tiers de l'électricité française en 2025. Le gouvernement prévoit six réacteurs EPR2 (et l'étude de huit de plus) ; la loi du 22 juin 2023 a accéléré les procédures pour construire de nouveaux réacteurs près des sites existants.

Le détail des positions, avec leur origine et leurs sources

« Il faut arrêter d'installer de nouvelles éoliennes. »

Le 19 juin 2025, l'Assemblée a adopté un amendement instaurant un moratoire sur les nouveaux projets éoliens et solaires dans la proposition de loi sur la programmation énergétique ; le texte a ensuite été rejeté dans son ensemble le 24 juin 2025. Les renouvelables électriques représentent environ un quart de la production française.

Le détail des positions, avec leur origine et leurs sources

Comment ils disent le financer

Le financement n’est pas arrêté. La Cour des comptes relève qu’EDF, très endettée, porte le programme sans devis abouti ni plan de financement validé, et que la rentabilité reste inconnue. Les pistes évoquées sont un mécanisme de prix garanti et un concours public, sans montant public arrêté.

L’appréciation d’Au crible

Faisable, mais il faut dire qui paie Aucun obstacle technique, un coût public établi et non couvert par les recettes annoncées.

Cohérent avec le climat à long terme, sans effet avant la seconde moitié des années 2030, et sans financement arrêté.

Sur le climat, le GIEC ne hiérarchise pas nucléaire et renouvelables : un réacteur bas carbone va dans le bon sens. Le problème est ailleurs. Le coût annoncé a augmenté de 30 % avant le premier coup de pioche, la Cour des comptes décrit un programme dont la réussite n’est pas acquise, et aucun de ces réacteurs ne produira d’électricité avant la seconde moitié des années 2030. L’objectif de 2030 se jouera donc sans eux. Notre appréciation : soutenir les EPR2 est défendable à condition de dire qui paie et d’assumer le calendrier ; les présenter comme la réponse à l’échéance de 2030, ou les accompagner d’un moratoire sur l’éolien, revient à se priver des seuls moyens disponibles d’ici là.

Ce sur quoi nous nous appuyons :
  1. La filière EPR : une dynamique nouvelle, des risques persistants (Cour des comptes, 14/01/2025)
  2. Septième rapport annuel du Haut conseil pour le climat (Haut conseil pour le climat, 2025)

Cette appréciation est de nous. Elle n’entre dans aucune note et dans aucun classement du site : elle se discute, et une erreur de notre part se signale à la rédaction.

Mesure 10 · Environnement

Maintenir la fin de la vente des voitures thermiques neuves en 2035

Le règlement européen adopté en 2023 impose que les voitures neuves vendues à partir de 2035 n’émettent plus de CO2 à l’échappement. Son assouplissement est discuté depuis 2025 ; le transport est le premier secteur émetteur en France.

− 1,8 %baisse des émissions françaises en 2024, contre 6,7 % en 2023 : le rythme n’est plus compatible avec l’objectif de 2030 · Septième rapport annuel du Haut conseil pour le climat (Haut conseil pour le climat, 2025)

Qui est pour, qui est contre

« Il faut maintenir la fin de la vente des voitures neuves à moteur thermique en 2035. »

Le règlement européen adopté en 2023 impose que les voitures neuves vendues à partir de 2035 n'émettent plus de CO2 à l'échappement. Son assouplissement (carburants de synthèse, calcul des objectifs sur trois ans) est discuté depuis 2025.

Le détail des positions, avec leur origine et leurs sources

« Il faut supprimer les zones à faibles émissions (ZFE), qui restreignent la circulation des véhicules les plus polluants dans les grandes villes. »

Les ZFE visent à réduire la pollution de l'air, responsable d'au moins 48 000 décès prématurés par an selon Santé publique France. Leurs opposants dénoncent une mesure qui pénalise les ménages modestes et les habitants des périphéries.

Le détail des positions, avec leur origine et leurs sources

Comment ils disent le financer

L’échéance elle-même ne coûte rien au budget de l’État : c’est une norme. Ce qui coûte, c’est l’accompagnement, aides à l’achat, leasing social, bornes de recharge, et c’est la partie que les programmes détaillent le moins. France Stratégie chiffre à environ 66 milliards d’euros par an en 2030 les investissements supplémentaires nécessaires à l’ensemble de la transition, publics et privés.

  • Parmi les 9 candidats favorables à cette mesure, 1 soutiennent aussi : « Il faut relancer la hausse de la taxe carbone, gelée depuis 2018. » Delphine Batho.
  • Parmi les 9 candidats favorables à cette mesure, 8 soutiennent aussi : « La France doit tenir l'objectif de baisse de 55 % des émissions nettes en 2030 par rapport à 1990, même si cela impose des contraintes aux entreprises et aux ménages. » Delphine Batho, Olivier Faure, Raphaël Glucksmann, Jérôme Guedj, Jean-Luc Mélenchon, Fabien Roussel, François Ruffin, Marine Tondelier.

Ce rapprochement est calculé à partir des positions documentées : il montre si la recette existe dans le programme de ceux qui portent la dépense, il ne leur fait pas dire qu’ils financent l’une par l’autre.

L’appréciation d’Au crible

Plutôt une bonne idée Cohérente avec les travaux de référence, et chiffrée ou chiffrable.

Le levier le plus efficace sur les émissions du transport, mais il n’est social que si l’électrique devient abordable.

C’est la mesure la mieux établie de cette page du point de vue des rapports : l’électrification du parc est le principal levier de baisse des émissions du transport routier, et l’échéance donne aux industriels la visibilité qu’ils réclament pour investir. Deux précisions s’imposent. La décision ne se prend pas à Paris : inverser l’échéance demande une majorité au Conseil et au Parlement européen, promettre de la supprimer est donc promettre une négociation. Et les objections sont réelles : prix des véhicules, dépendance aux batteries importées, recharge en habitat collectif. Notre appréciation : maintenir l’échéance est cohérent avec la trajectoire ; elle ne tiendra socialement qu’avec une offre de petits véhicules abordables et un réseau de recharge, faute de quoi elle nourrira le rejet qu’elle a déjà commencé à produire.

Ce sur quoi nous nous appuyons :
  1. Septième rapport annuel du Haut conseil pour le climat (Haut conseil pour le climat, 2025)
  2. Les incidences économiques de l’action pour le climat (France Stratégie (Jean Pisani-Ferry, Selma Mahfouz), 05/2023)

Cette appréciation est de nous. Elle n’entre dans aucune note et dans aucun classement du site : elle se discute, et une erreur de notre part se signale à la rédaction.

Mesure 11 · Défense

Porter le budget des armées à 3,5 % du produit intérieur brut

Les dépenses militaires françaises ont atteint environ 69 milliards d’euros en 2025, soit environ 2 % du produit intérieur brut. L’objectif de 3,5 % d’ici 2035, discuté dans le cadre de l’Alliance atlantique, représente une hausse de plus de moitié.

69 Md€dépenses militaires de la France en 2025, environ 2 % du produit intérieur brut · Chiffres clés de la défense 2025 (Ministère des Armées, 10/2025)
+ 50 Md€hausse annuelle nécessaire pour atteindre 3,5 % à produit intérieur brut inchangé (notre calcul) · Chiffres clés de la défense 2025 (Ministère des Armées, 10/2025)

Qui est pour, qui est contre

« Il faut porter le budget des armées à 3,5 % du PIB d'ici 2035 (environ 2 % en 2025). »

Les dépenses militaires de la France ont atteint environ 69 milliards d'euros en 2025, soit environ 2 % du PIB.

Le détail des positions, avec leur origine et leurs sources

« La France doit continuer à livrer des armes à l'Ukraine et renforcer si besoin son aide militaire face à la Russie. »

La France a signé en février 2024 un accord de sécurité de dix ans avec l'Ukraine, approuvé par l'Assemblée le 12 mars 2024 (372 pour, 99 contre, 101 abstentions).

Le détail des positions, avec leur origine et leurs sources

Comment ils disent le financer

C’est la mesure la plus lourde de cette page, et celle dont le financement est le moins précisé. Nos sources ne contiennent pas de trajectoire de recettes ou d’économies publiée par les candidats favorables. Les pistes citées dans le débat parlementaire sont l’endettement, un redéploiement de crédits et l’épargne des ménages orientée vers la défense.

  • Parmi les 12 candidats favorables à cette mesure, 7 soutiennent aussi : « Pour réduire le déficit, il faut d'abord baisser les dépenses publiques plutôt qu'augmenter les impôts. » Gabriel Attal, Marine Le Pen, David Lisnard, Édouard Philippe, Bruno Retailleau, Dominique de Villepin, Éric Zemmour.

Ce rapprochement est calculé à partir des positions documentées : il montre si la recette existe dans le programme de ceux qui portent la dépense, il ne leur fait pas dire qu’ils financent l’une par l’autre.

L’appréciation d’Au crible

Faisable, mais il faut dire qui paie Aucun obstacle technique, un coût public établi et non couvert par les recettes annoncées.

Industriellement tenable en dix ans, budgétairement impossible sans dire ce qu’on coupe ou ce qu’on taxe.

Sur le fond, la remontée en puissance est déjà engagée et la loi de programmation militaire en fixe le cadre. Sur le chiffre, l’ordre de grandeur est difficile à faire passer : atteindre 3,5 % du produit intérieur brut représente une cinquantaine de milliards d’euros de plus par an à produit intérieur brut inchangé, soit davantage que la somme des coûts établis pour toutes les autres mesures de cette page. Une hausse de cette ampleur suppose soit une baisse d’autres dépenses du même ordre, soit des recettes nouvelles, soit de la dette, et les trois se disent en campagne. Notre appréciation : le consensus sur la menace n’a produit aucun consensus sur la recette, et le silence sur ce point est le plus coûteux de la campagne.

Cette appréciation est de nous. Elle n’entre dans aucune note et dans aucun classement du site : elle se discute, et une erreur de notre part se signale à la rédaction.

Mesure 12 · Commerce

Refuser l’accord entre l’Union européenne et le Mercosur

L’accord baisserait les droits de douane sur les voitures et les machines européennes, et sur la viande, le sucre et l’éthanol sud-américains. Le 26 novembre 2024, l’Assemblée nationale a approuvé par 485 voix contre 69 la position du gouvernement contre l’accord ; le Parlement européen a saisi la Cour de justice de l’Union le 21 janvier 2026.

485 contre 69vote de l’Assemblée nationale contre l’accord, le 26 novembre 2024

Qui est pour, qui est contre

« La France doit s'opposer à l'accord de libre-échange entre l'Union européenne et le Mercosur. »

L'accord avec l'Argentine, le Brésil, le Paraguay et l'Uruguay baisserait les droits de douane sur les voitures et machines européennes et sur la viande, le sucre et l'éthanol sud-américains.

Le détail des positions, avec leur origine et leurs sources

Comment ils disent le financer

Rien à financer : c’est une position de négociation. Ce qui a un coût, ce sont les compensations promises aux filières exposées, et les mesures miroirs qui supposeraient des contrôles aux frontières de l’Union.

  • Parmi les 15 candidats favorables à cette mesure, 9 soutiennent aussi : « Il faut réduire fortement l'usage des pesticides de synthèse, jusqu'à en interdire progressivement la plupart. » Delphine Batho, Olivier Faure, Raphaël Glucksmann, Jérôme Guedj, François Hollande, Emmanuel Maurel, Jean-Luc Mélenchon, François Ruffin, Marine Tondelier.

Ce rapprochement est calculé à partir des positions documentées : il montre si la recette existe dans le programme de ceux qui portent la dépense, il ne leur fait pas dire qu’ils financent l’une par l’autre.

L’appréciation d’Au crible

Pas entre les mains du président La décision appartient à l’Union européenne, au Parlement ou à une autorité indépendante.

La France ne peut pas bloquer seule : promettre le refus est promettre une négociation, pas une décision.

La politique commerciale est une compétence de l’Union européenne. Un président français ne signe ni ne refuse seul : il faut réunir une minorité de blocage au Conseil, et le contentieux en cours devant la Cour de justice porte précisément sur la procédure suivie. Il faut aussi noter que l’opposition française est déjà actée par un vote quasi unanime de l’Assemblée, toutes tendances confondues : sur ce point, les candidats ne se distinguent pas. Notre appréciation : ce qui les distingue réellement, c’est ce qu’ils proposent d’obtenir à la place, mesures miroirs sur les importations, clauses de sauvegarde, contrôles vétérinaires financés, et c’est précisément ce que les programmes ne détaillent pas.

Cette appréciation est de nous. Elle n’entre dans aucune note et dans aucun classement du site : elle se discute, et une erreur de notre part se signale à la rédaction.

Mesure 13 · Agriculture

Réduire fortement l’usage des pesticides de synthèse

Les plans Écophyto visaient une baisse de 50 % depuis 2008 et ne l’ont jamais obtenue. La loi « Duplomb » de 2025 a tenté l’inverse, en rétablissant par dérogation l’acétamipride, avant la censure du Conseil constitutionnel le 7 août 2025.

− 42 %baisse possible sans perte de productivité ni de rentabilité, sur 59 % des exploitations étudiées · Reducing pesticide use while preserving crop productivity and profitability on arable farms (Nature Plants) (Lechenet et al., 03/2017)
+ 6 %usage mesuré en 2024 par rapport à 2023 (indicateur NODU) · Les indicateurs de suivi de la stratégie Écophyto 2030 (Ministère de l’Agriculture)

Qui est pour, qui est contre

« Il faut réduire fortement l'usage des pesticides de synthèse, jusqu'à en interdire progressivement la plupart. »

L'Autorité européenne de sécurité des aliments a durci en 2024 les valeurs de référence de l'acétamipride, et l'IPBES documente le rôle des pesticides dans le déclin des pollinisateurs. Le règlement européen qui devait réduire de moitié leur usage d'ici 2030 a été retiré en 2024 après la mobilisation agricole.

Le détail des positions, avec leur origine et leurs sources
Sur cette question :
  1. Le bilan des plans Écophyto (référé) (Cour des comptes, 11/2019)

« Il faut réautoriser, par dérogation, l'acétamipride (un insecticide néonicotinoïde interdit en France depuis 2018) pour les filières sans alternative. »

L'acétamipride est autorisé ailleurs dans l'Union européenne jusqu'en 2033. Les producteurs de betteraves et de noisettes réclamaient son retour ; une pétition contre la loi a réuni plus de deux millions de signatures.

Le détail des positions, avec leur origine et leurs sources

Comment ils disent le financer

Ce qui coûte n’est pas l’interdiction mais l’accompagnement : conseil technique, matériel de désherbage mécanique, assurance récolte et trésorerie pendant le changement de système. C’est la ligne que les programmes chiffrent le moins, des deux côtés du débat.

  • Parmi les 11 candidats favorables à cette mesure, 9 soutiennent aussi : « La France doit s'opposer à l'accord de libre-échange entre l'Union européenne et le Mercosur. » Delphine Batho, Olivier Faure, Raphaël Glucksmann, Jérôme Guedj, François Hollande, Emmanuel Maurel, Jean-Luc Mélenchon, François Ruffin, Marine Tondelier.

Ce rapprochement est calculé à partir des positions documentées : il montre si la recette existe dans le programme de ceux qui portent la dépense, il ne leur fait pas dire qu’ils financent l’une par l’autre.

L’appréciation d’Au crible

Plutôt une bonne idée Cohérente avec les travaux de référence, et chiffrée ou chiffrable.

Possible sans perte de rendement sur la majorité des exploitations étudiées, à condition de financer le changement de système.

L’étude de référence, publiée dans Nature Plants sur 946 exploitations de grandes cultures, établit que 59 % d’entre elles pourraient réduire leur usage de 42 % en moyenne sans perdre ni productivité ni rentabilité. L’argument du rendement ne suffit donc pas à écarter la baisse. Mais la condition est explicite : il faut changer le système de culture, ce qui se paie avant de rapporter. Depuis 2008, la France a essayé les deux méthodes qui ne marchent pas, l’objectif sans pilotage et l’assouplissement sans contrepartie : l’usage a augmenté de 6 % en 2024. Notre appréciation : c’est une bonne idée mal exécutée depuis quinze ans, et le détail à regarder dans un programme n’est pas la cible affichée mais la ligne budgétaire d’accompagnement.

Le dossier complet : Pesticides, rendements et lobbying

Cette appréciation est de nous. Elle n’entre dans aucune note et dans aucun classement du site : elle se discute, et une erreur de notre part se signale à la rédaction.

Et pour votre budget, concrètement

Deux calculs que l’on peut faire honnêtement, parce que les candidats ont eux-mêmes publié des chiffres : le plein de carburant et un héritage. Une mesure sans chiffre est citée telle quelle, jamais complétée par une hypothèse de notre part.

Le calcul se fait sur votre appareil. Rien de ce que vous saisissez n’est envoyé ni conservé.

Le plein de carburant

Prix proposé par défaut : 2,40 €, prix moyen du gazole au 18 septembre 2026, record historique selon franceinfo. Remplacez-le par le vôtre.

Avec 780 litres par an (12 000 km à 6,5 L/100 km) au prix de 2,40 € le litre, vous dépensez aujourd’hui 1 872 € par an en carburant.

CandidatMesurePar litreSur un anFinancement annoncé
Jean-Luc Mélenchon Prix bloqué à 1,70 € le litre, marges des raffineurs bloquées
Calcul : l’écart entre votre prix et 1,70 €, nul si vous payez déjà moins.
−70 c −546 € Porté par les marges des raffineurs et des distributeurs, selon le candidat.
Fabien Roussel Baisse de la TVA et suppression des certificats d’économies d’énergie
Chiffre du candidat : « 45 centimes du litre » au total.
−45 c −351 € Non précisé.
Marine Le Pen TVA sur les carburants ramenée de 20 % à 5,5 %
Calcul : le prix TTC divisé par 1,20 puis multiplié par 1,055. Le RN propose aussi de supprimer les hausses d’accises, sans chiffre par litre.
−29 c −226 € Non précisé ; la seule suppression des hausses d’accises coûterait 12 milliards d’euros, selon le RN.
Éric Zemmour Accise (ex-TICPE) baissée d’un tiers
Chiffres du candidat : 27 centimes par litre d’essence, 24 centimes par litre de gazole.
−24 c −187 € « À peu près 12 milliards d’euros », financés par la suppression de l’aide publique au développement.
Bruno Retailleau Suppression des certificats d’économies d’énergie, sans toucher à la TVA
Chiffre du candidat : 15 à 17 centimes par litre d’essence.
−15 c à 17 c −117 € à 133 € Pas de baisse de TVA, « pour ne pas détériorer davantage les finances de l’État ».

Sans baisse du prix du litre, ou sans chiffre

  • Raphaël Glucksmann : Un chèque de 200 € pour dix millions de personnes « de la classe moyenne », financé par une taxe sur les superprofits pétroliers ; pas de baisse du prix du litre.
  • Olivier Faure : Doubler les aides ciblées et les verser automatiquement, sans montant par foyer.
  • Édouard Philippe : Doubler les aides ciblées pour ceux qui dépendent de leur voiture pour travailler, financées par des économies sur les dépenses de l’État ; sans montant par foyer.
  • Marine Tondelier : Taxer les superprofits pétroliers et renforcer les aides ciblées ; sans montant par foyer.
  • Gabriel Attal : Demande aux distributeurs de « plafonner leurs prix » et soutient des aides ciblées pour ceux qui travaillent en voiture ; sans chiffre.

Source de toutes ces mesures : Baisse des taxes, blocage des prix, hausse des aides ciblées… Face à la nouvelle flambée des carburants, que proposent les candidats à la présidentielle ? (franceinfo, 18/09/2026). Calcul mécanique : il suppose que la baisse est entièrement répercutée à la pompe et ne dit rien de qui la paie, ni de ce que deviendraient les prix du pétrole. Les candidats absents de ce tableau n’ont pas présenté de mesure sur les carburants dans cette source.

Un héritage

Aujourd’hui : 28 194 € de droits sur 250 000 € reçus d’un parent (11,3 % du montant), après l’abattement de 100 000 € et selon le barème en ligne directe (5 % à 45 %). Source : Comment dois-je calculer les droits de succession ? (impots.gouv.fr).
CandidatPropositionPour vous
Éric Zemmour Abattement doublé : 200 000 € par enfant (programme de 2022) 8 194 €
20 000 € de moins qu’aujourd’hui
Raphaël Glucksmann Taxer les « méga-héritages », le 1 % des plus gros 28 194 €
inchangé : seules les successions de plus de 2 millions d’euros seraient concernées.
Marine Tondelier Contribution de 10 % sur les héritages de plus de 4 millions d’euros 28 194 €
inchangé : seuls les héritages de plus de 4 millions d’euros seraient concernés.
Jean-Luc Mélenchon Barème plus progressif et héritage maximal de 12 millions d’euros Barème plus progressif, calculé sur tout ce qu’on reçoit au cours de sa vie ; les taux ne sont pas publiés.
Bruno Retailleau Baisser les droits de succession « Je ne serai pas le président qui augmentera les droits de succession mais celui qui les baissera » ; ni taux ni abattement annoncés.
Marine Le Pen Supprimer les droits de succession pour les familles modestes et les classes moyennes Le seuil au-dessous duquel les droits disparaîtraient n’est pas précisé ; abattement de 100 000 € sur les donations tous les dix ans.
Édouard Philippe Transmettre « beaucoup plus vite et beaucoup plus tôt » Relèvement des plafonds de donation pendant les trois premières années du quinquennat, sans montant ; rien sur les successions.
Gabriel Attal Faire circuler l’argent plus vite entre générations Fiscalité allégée pour transmettre aux petits-enfants, sans montant publié.
Olivier Faure Taxer davantage les héritages Juge l’héritage « ce qu’il y a de moins libéral » ; aucun barème publié.

Calcul pour un enfant qui hérite d’un de ses parents, sans donation dans les quinze années précédentes, hors assurance-vie et hors abattement pour handicap. Les candidats absents de ce tableau n’ont pas publié de proposition sur les successions dans nos sources.

Pourquoi si peu de chiffres dans les programmes

Parce que la plupart des propositions n’en ont pas encore. Combler les trous avec nos propres hypothèses ferait dire aux candidats ce qu’ils n’ont pas dit : nous préférons écrire « non chiffré » et le compter comme tel. Dès qu’un barème, un taux ou un montant est publié, il est ajouté ici avec sa source. Pour les positions sur tous les autres sujets, voir le comparateur ; pour le détail d’un sujet, les classements et les dossiers.

13 mesures au banc d’essai, 21 questions du comparateur mobilisées.