Banc d’essai · Retraites

Revenir sur la retraite à 64 ans

La loi de 2023 porte l’âge légal de 62 à 64 ans. Le budget de la Sécurité sociale pour 2026 a suspendu ce calendrier jusqu’au 1er janvier 2028 : sauf nouvelle loi, la hausse reprend au milieu du prochain mandat. Le sujet sera donc tranché, dans un sens ou dans l’autre, par le prochain président.

5,8 Md€coût en 2035 d’une seule année d’âge légal en moins (64 vers 63 ans) Situation financière et perspectives du système de retraites (Cour des comptes, 20/02/2025)
15 Md€déficit prévu du système en 2035 même avec la réforme de 2023 Situation financière et perspectives du système de retraites (Cour des comptes, 20/02/2025)

Qui est pour, qui est contre

« Il faut abroger définitivement le report de l'âge légal de départ à la retraite à 64 ans. »

Pour 12 dont 1 déduite

Position partagée 1

Contre 5 dont 2 déduites

Trait plein : position du candidat lui-même (déclaration, débat, vote). Trait pointillé : position déduite d’une synthèse, d’un relevé tiers ou du vote de son groupe, comptée pour moitié dans les notes.

La loi du 14 avril 2023 relève progressivement l'âge légal de départ de 62 à 64 ans (génération 1968) et accélère le passage à 43 annuités. Adoptée sans vote final à l'Assemblée (article 49.3), elle a survécu à une motion de censure rejetée à neuf voix près le 20 mars 2023. La loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 (article 105) en a suspendu le calendrier, décalé d'une génération pour les assurés nés de 1964 à 1968. Selon la Cour des comptes, revenir d'un an seulement sur l'âge légal coûterait 5,8 milliards d'euros en 2035.

Chaque position, avec son origine et sa source

Ce que disent ceux qui sont pour

Travailler plus longtemps pèse d'abord sur les métiers pénibles et les carrières commencées tôt ; d'autres financements sont possibles (cotisations, fiscalité du capital).

Ce que disent ceux qui sont contre

Avec le vieillissement de la population, reculer l'âge est l'un des principaux leviers pour équilibrer le système sans baisser les pensions ni augmenter les cotisations.

« Il faut ramener l'âge légal de départ à la retraite à 60 ans pour tous, avec 40 années de cotisation. »

Pour 7 dont 7 déduites

Contre 7 dont 6 déduites

Trait plein : position du candidat lui-même (déclaration, débat, vote). Trait pointillé : position déduite d’une synthèse, d’un relevé tiers ou du vote de son groupe, comptée pour moitié dans les notes.

Selon la Cour des comptes, chaque année d'âge légal en moins coûte plusieurs milliards d'euros par an (5,8 milliards en 2035 pour un retour de 64 à 63 ans). Le système reste déficitaire même avec la réforme de 2023 (15 milliards d'euros en 2035).

Chaque position, avec son origine et sa source
Sur cette question :
  1. Situation financière et perspectives du système de retraites (Cour des comptes, 20/02/2025)

Ce que disent ceux qui sont pour

Rendre du temps de retraite en bonne santé, notamment aux ouvriers dont l'espérance de vie est plus courte.

Ce que disent ceux qui sont contre

Coût très élevé, alors que le nombre de cotisants par retraité baisse et que le système est déjà déficitaire.

Comment ils disent la financer

Les candidats qui portent l’abrogation renvoient à des recettes nouvelles plutôt qu’à l’âge : taxation des hauts patrimoines, cotisations sur les revenus du capital, fin d’exonérations. Nous n’avons trouvé, dans nos sources, aucun chiffrage publié couvrant l’intégralité du coût, ni pour 62 ans, ni a fortiori pour 60 ans.

Ce rapprochement est calculé à partir des positions documentées : il montre si la recette existe dans le programme de ceux qui portent la dépense, il ne leur fait pas dire qu’ils financent l’une par l’autre.

Notre appréciation

L’appréciation d’Au crible

Abroger est juridiquement simple ; c’est le financement qui n’est pas documenté.

Une abrogation est une loi : rien ne l’empêche techniquement, et la suspension votée pour 2026 montre qu’une majorité peut s’y résoudre. L’arithmétique est plus têtue. La Cour des comptes chiffre à 5,8 milliards d’euros en 2035 le retour d’une seule année d’âge légal : revenir durablement à 62 ans se compte donc en dizaines de milliards à cette échéance, à ajouter à un déficit déjà estimé à 15 milliards. Sans recette nouvelle, l’ajustement se fait sur les pensions ou sur les cotisations, c’est-à-dire sur les mêmes personnes. Les recettes les plus citées ne comblent pas l’écart : l’impôt plancher sur les très grandes fortunes est évalué entre 5 et 25 milliards selon qui le chiffre, et il est déjà promis à d’autres dépenses dans la plupart des programmes. La retraite à 60 ans avec 40 annuités coûte nettement plus, et aucun chiffrage public ne l’établit.

Ce sur quoi nous nous appuyons :
  1. Situation financière et perspectives du système de retraites (Cour des comptes, 20/02/2025)
  2. La taxe Zucman au défi des contraintes économiques et juridiques (The Conversation, 01/10/2025)

Ces trois étiquettes ne disent pas si la mesure est bonne : elles disent si elle est applicable, si elle est chiffrée, et si elle va dans le sens des rapports publics. Elles n’entrent dans aucune note du site, et une erreur se signale à la rédaction.